WAiFF 2026 — Debrief de la deuxième édition
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Axelle Baudlot
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Stories
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Deux jours. Le Palais des Festivals. Et la confirmation que quelque chose s'est véritablement installé. La deuxième édition du World AI Film Festival s'est tenue les 21 et 22 avril 2026 à Cannes. Genario en était co-organisateur. Voici ce qu'on en retient.
Une montée en puissance visible dès les badges
La première chose frappante, dès le matin du 21 avril : la densité internationale des accrédités. Brésil, Corée du Sud, Japon, Chine, Italie, Royaume-Uni. Une présence presse significative. En un an, le WAiFF a changé d'échelle — et ça se voyait dans la salle avant même que le premier panel commence.
Jour 1 — L'IA comme continuation, pas comme rupture
Jean-Michel Jarre a ouvert le festival avec une phrase qui a posé le cadre de toute la journée : nous vivons aujourd'hui les mêmes instants que les Frères Lumière à la gare de La Ciotat. Dite par lui, ici, elle avait du poids.
Le premier panel, modéré par Serge Hayat, a prolongé cette idée avec des exemples concrets. La réalisatrice Nathalie Marchak a expliqué avoir renoncé à filmer des requins-tigres aux Bahamas pour recréer la scène en IA — non pas pour des raisons de budget, mais pour le risque humain et l'impact environnemental. Un producteur de MiniMax a rappelé qu'une scène de cinq secondes coûte aujourd'hui vingt centimes à générer. Et cette phrase d'Enora Contant, productrice, a retenu l'attention : on parle beaucoup de forme, mais ce qui tient un spectateur en haleine, c'est le récit.
Le deuxième panel a abordé une question centrale : qui capte la valeur dans cette recomposition économique ? La réponse a surpris. Cécile Lacoue, du CNC, a rappelé que les budgets des films ne baissent pas — ils restent autour de cinq millions d'euros en moyenne. Ce qui est économisé grâce à l'IA est réinvesti ailleurs : plus d'ambition, plus de préparation, plus de valeur à l'écran. Caroline Cooper, chez Sky, l'a confirmé côté diffuseur : on ne cherche pas à payer moins cher. On cherche à rester compétitif sur un niveau d'exigence qui monte.
Laurent Jaoui, de TéléFan, a ouvert un front que peu osent regarder en face : quand on génère des images sur des modèles entraînés uniquement aux États-Unis et en Chine, on ne produit pas une image neutre — on rejoue une hégémonie culturelle. La question de la souveraineté des imaginaires européens est devenue l'un des sujets les plus stratégiques de cette édition.
La journée s'est terminée avec Claude Lelouch et Mathieu Kassovitz sur scène. À 88 ans, 51 films au compteur, Lelouch tourne en ce moment son 52e — en hybride, avec l'IA, dix minutes par dix minutes. Il en parle comme d'un jouet qu'il n'espérait plus trouver à son âge. Ceux qui pensent encore que cette technologie est une affaire de jeunes auraient dû assister à cette conversation.
Jour 2 — Les règles du jeu en débat
Le ton du deuxième jour a changé. Moins de poésie sur le cinéma, plus de confrontation sur les règles du jeu.
Johann Choron et Sarah Cledy, de Google, ont résumé le moment qu'on vit avec une formule qui a circulé : on construit l'avion en même temps qu'on est en train de voler.
Le panel sur le droit d'auteur, modéré par Sarah Lelouch, a été le plus électrique de cette édition. Agnès Jaoui, présidente du jury, a posé le cadre avec lucidité : cette opposition entre ceux qui sont pour ou contre l'IA est un peu absurde. Mathieu Kassovitz a été plus radical : l'IA ne choisit pas pour toi, c'est toi qui choisis pour l'IA. Jérôme Enrico, de l'ARP, a proposé une piste structurante : partageons les parts, puisque nous sommes le carburant. Le Dr. Tim Kraft, lui, a rappelé qu'OpenAI a déjà été condamné en Allemagne, avec environ 140 procédures en cours dans le monde.
Le panel de clôture, Back to the Future, modéré par Rémi Tereszkiewicz, a conclu sur une image forte portée par Joanna Popper depuis Los Angeles : l'IA fait éclater l'industrie. Les géants captent la valeur, les métiers intermédiaires qui faisaient tourner les productions disparaissent peu à peu. Le problème n'est pas technologique, il est social. Gregg Bywalski, de Webedia Creators, a prolongé ce constat : les créateurs YouTube et TikTok ne sont plus des kids dans leur chambre — ce sont les producteurs des IP de demain.
La cérémonie — et ce qu'elle dit du festival
Le soir du 22 avril, les lauréats ont reçu leur award comme on reçoit une Palme d'or. Les films récompensés étaient d'un niveau que personne n'attendait à la deuxième édition. Des histoires vraiment racontées. Des images avec un style assumé. Du cinéma — pas du contenu généré.
Voir la joie de créateurs venus du monde entier recevoir cette reconnaissance dit tout sur ce que le WAiFF est en train de construire : une référence, déjà, à seulement deux éditions.
Ce que Genario retient
Co-organiser le WAiFF, c'est participer à la construction d'un cadre où le cinéma peut continuer à se penser et à s'inventer. Cette édition a confirmé que l'enjeu n'est pas technique. Il est narratif, économique, juridique, culturel — et profondément humain.
Rendez-vous à la troisième édition.